À l’heure où les flux de paiements connaissent une transformation profonde, deux évolutions majeures s’imposent pour les entreprises : d’une part la mise en œuvre de la vérification du bénéficiaire ( « Verification of Payee » ou VoP) et, d’autre part, l’adoption de la norme internationale ISO 20022 accompagnée de l’utilisation généralisée d’adresses dites « structurées ». Ces deux mutations ne sont pas de simples ajustements techniques : elles s’inscrivent dans un contexte règlementaire renforcé et constituent une véritable opportunité de sécurisation, d’efficacité et de modernisation des paiements.

La VoP : qu’est-ce que c’est ?

La VoP (Verification of Payee) est une réforme entrée en vigueur le 9 octobre 2025. Elle impose aux banques de la zone SEPA d’effectuer un contrôle de cohérence entre le nom du bénéficiaire et son IBAN. L’objectif est de réduire les erreurs de virements SEPA et les risques de fraude aux faux IBAN et fausses factures, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers.

Concrètement, lorsque vous initiez un virement, la banque émettrice (la banque du donneur d’ordre) transmet une requête à la banque bénéficiaire : cette dernière vérifie que l’IBAN et le nom (ou la raison sociale) correspondent bien à ce qui figure dans ses bases de données. Le résultat est ensuite retourné très rapidement à la banque initiatrice, qui peut alors signaler au donneur d’ordre si la correspondance est complète (match), quasi conforme (close match) ou inexistante (no match).

Pour une entreprise, cela signifie que la qualité des données tiers (clients, fournisseurs) devient un enjeu critique : non seulement l’IBAN doit être correct, mais le nom/raison sociale doit être rigoureusement identique à celui enregistré auprès de la banque du bénéficiaire. La mise en place de ce dispositif nécessite une prise de contact avec les banques pour connaître les modalités précises de mise en œuvre (choix opt-in ou opt-out, formats de fichiers, canaux IBAN, etc.).

La norme ISO 20022 & les adresses structurées

Qu’est-ce que l’ISO 20022 ?

La norme ISO 20022 est un standard international de messagerie financière qui définit un modèle commun et un référentiel pour l’échange de données entre institutions financières. Elle est conçue pour remplacer les formats hérités et permettre un échange d’informations plus riche, plus structuré et interopérable à l’échelle mondiale.

Pour une entreprise qui envoie ou reçoit des virements, cela signifie que le format des fichiers et des messages (souvent en XML) change et que les logiciels de trésorerie, d’ERP ou de TMS doivent être compatibles avec ces formats.

Pourquoi les « adresses structurées » ?

Dans le cadre de ce nouveau standard, l’un des aspects clés porte sur l’adresse du donneur d’ordre ou du bénéficiaire. Plutôt que de laisser un champ libre de saisie d’adresse (texte libre), il est désormais requis d’utiliser des adresses dites « structurées » : c’est-à-dire que chaque composant de l’adresse (ligne d’adresse, code postal, ville, pays) est renseigné dans un champ distinct et conforme. Cette précision améliore la traçabilité, la conformité (notamment en matière de lutte contre le blanchiment ou le financement du terrorisme) et l’automatisation des traitements.

Concernant les délais, certaines grandes infrastructures ont déjà rendu l’ISO 20022 obligatoire pour les paiements transfrontaliers ou à gros montants, avec une date de coexistence fixée à novembre 2025. Pour ce qui est des adresses structurées dans la zone SEPA, la date butoir mentionnée est novembre 2026, après quoi les adresses « non structurées » ne seront plus acceptées.

Les impacts du nouveau standard des échanges financiers pour l’entreprise

Chaque entreprise est invitée à vérifier que ses systèmes (ERP, trésorerie, bancaires) peuvent gérer ces nouveaux formats : peuvent-ils saisir et transmettre des adresses structurées ? Sont-ils compatibles avec les schémas XML de la norme ? Les données de base (adresse complète, code pays, ville) doivent être mises à jour et organisées dans le bon format. Par ailleurs, il est essentiel de se rapprocher de sa banque pour clarifier quel format de virement elle accepte (par exemple SCT-03 ou SCT-09 pour l’Euro) et tester la filière avant l’échéance.

Quant aux bénéfices : l’adoption de l’ISO 20022 permet une automatisation accrue des paiements, une réconciliation plus rapide, moins d’erreurs manuelles, une meilleure transparence et conformité, et donc, in fine, une meilleure maîtrise de la trésorerie.

En pratique : les pistes d’actions prioritaires

Pour anticiper efficacement ces deux réformes — la VoP et l’ISO 20022/adresses structurées — il est conseillé à toute entreprise de lancer dès aujourd’hui une démarche structurée. Il s’agit d’abord d’auditer en détail les flux de paiements : quels types de virements sont réalisés (domestiques, intra-UE, hors EEE, en devises), par quels canaux (portail bancaire, fichiers EBICS, instantané), et avec quels formats. Il est également essentiel de vérifier la qualité des données tiers (IBAN + nom ou raison sociale, adresse complète, statut) et de cartographier les fichiers à adapter.

Ensuite, il faut prendre en main la gouvernance et le nettoyage des données. Cela passe par la mise à jour systématique des bases clients/fournisseurs, la structuration des adresses dans l’ERP (séparer les champs : ligne d’adresse, ville, code postal, pays), et la formalisation d’une politique interne de validation des bénéficiaires avant paiement. Les flux de trésorerie et comptabilité doivent être sensibilisés à cette nouvelle exigence.

Parallèlement, l’entreprise doit vérifier que ses systèmes informatiques et workflows sont prêts. Le logiciel de trésorerie, le générateur de virements ou l’ERP doivent pouvoir prendre en charge les formats attendus par la banque (VoP, ISO 20022). Il convient de paramétrer des contrôles automatiques, par exemple une vérification IBAN/nom et une alerte en cas de « No Match ». Des tests avec la banque sont indispensables.

Il est également fondamental d’engager le dialogue avec la banque : demander quelles sont les modalités d’activation de la VoP (opt-in ou opt-out), comment la norme ISO 20022 est implémentée (formats acceptés, calendrier, canaux), et définir un plan de migration conjoint. Enfin, du côté humain et organisationnel, il faut informer et former les équipes comptabilité, trésorerie, achats, et fournisseurs aux nouveaux enjeux : mise à jour des coordonnées bancaires, validation des tiers, nouveaux formats de paiement…

Pourquoi ne pas attendre ?

Reporter cette transformation au dernier moment présente des risques non négligeables. En effet, les virements non conformes — qu’il s’agisse d’un nom/IBAN erroné ou d’une adresse non structurée — peuvent être retardés, rejetés ou donner lieu à des coûts supplémentaires. De plus, une mauvaise organisation peut exposer l’entreprise à une fraude accrue (ex. faux fournisseurs) ou à des perturbations dans ses flux de trésorerie. À l’inverse, anticiper cette migration constitue une opportunité : les entreprises qui seront prêtes bénéficieront d’une meilleure automatisation, d’une réduction des erreurs, d’une meilleure conformité et d’un avantage compétitif certain dans la gestion de leurs paiements.

Pour synthétiser

Du côté de la VoP, à partir de la date d’entrée en vigueur (notamment le 9 octobre 2025 dans la zone SEPA), il faudra veiller à ce que les noms/raisons sociales des bénéficiaires correspondent strictement à leurs IBAN et qu’il existe une collaboration avec la banque pour activer le service de vérification.

Du côté de l’ISO 20022, l’usage des adresses structurées devient incontournable (surtout pour la zone SEPA et les paiements internationaux) : il est impératif que les systèmes de l’entreprise soient compatibles et que les données soient à jour avant la date butoir (novembre 2026 dans certains cas).

En adoptant ces évolutions, l’entreprise ne se contente pas d’être en règle : elle modernise ses processus de paiement, elle sécurise ses flux et elle se donne les moyens d’être plus efficace et résiliente.

Et Proginov dans tout ça ?

Les évolutions de Proginov Finances sont en cours afin de répondre aux obligations de gestion des adresses structurées. Ces évolutions permettront de traiter en masse la conversion aux nouvelles normes. Proginov communiquera directement auprès de ses clients dans le courant de l’été.

De plus, l’intégration native du VOP dans les processus de Proginov Finances est également à l’étude pour renformer la sécurité des transactions et la fluidité des échanges bancaires.